Quatre autres personne sortent du bus, je les connais : leur allure, leur itinéraire, leur maison; j'aime observer, savoir ce qui m'entoure. Je fais cela pour savoir quand je pourrais courir, où courir.
Je n'aime pas qu'on ne me regarde courir, me libérer : piéton, conducteur si je sens leur présence, je marche. Je cours pour accélérer mon destin, mon arrivée à cette maison, tout laisser le plus vite possible derrière la porte d'entrée.
Je sors, je marche, deux personnes sont devant moi. L'un marche vite, l'autre je la rattrape dans peu de temps, mais hélas deux filles me suivent et elles sont sur mon trajet. Elles me verront. Pire encore, le garçon habite à une rue de chez moi. Je l'aurais tout le temps et je devrais attendre. Je désespère, je m'impatiente, je veux courir. Première à gauche puis à droite et encore à gauche, il suffira ensuite d'aller tout droit jusqu'à la troisième intersection et aller à droite. C'est là que je cours, je cours!!!
Je ne sens plus rien, je me fous du reste : amis, amour, colère, tout!!
J'arrive au pied de cette porte, si familière, si inconnu... Je ne sens plus mas place de l'autre côté de cette porte. J'y vois mon image disparaître... Je pose à terre mes entrailles, ceux qui m'ont torturés pendant des années de labeurs. A ce qu'il paraît, ce sont les meilleures années, le pire reste à venir. Alors pourquoi continuer ? Juste par pur masochisme ? Par curiosité ? Je m'en fous, en fait, je passe mon tour.
J'ai perdu, je n'ai pas de mérite. C'est vrai, mais alors autant ne pas persévérer dans cet état.
Je veux juste écrire puis partir. Mon sang sera mon encre et ma peau mon papier.
Pour l'instant, je pars, je vous parlerai du reste plus tard. Mon sac posé devant la porte, mon portefeuille vidé de son argent : 20¤, je n'irais pas en chercher plus, sinon je ne le ferais pas. Je suis prêt. Voici mon histoire. Ce soir..... Je fugue.... C'est bizarre... je casse ma routine et je ne ressens rien, je ne réalise pas.... Dos au mur, je marche tranquillement jusqu'à la boîte aux lettres. Rien, personne ne court après moi, personne ne me retiens.... Je ne suis pas comme Truman dans son film, pas de caméra pas de monde fictif dans lequel je baigne, pas d'entourloupes, pas de surveillance. Je fais ce que je veux, pas de scénario, je suis alors peut-être libre.
Je réfléchis, poserais-je mon pied sur le trottoir et quitter ma maison. Je le fuis, je pars vers la droite, sur la droite, mon pas s'accélère, s'accélère.... Je cours!!!
Je quitte ma rue, je quitte mon pays, je déserte mon armée.
Je ne sais plus qui j'étais, je serais qui je veux.
Je vais vous livrer mes pensées, mon tout, mon moi.
Je m'embrouillerais, certes, mais je m'en fous tant que je me comprends. C'est moi. C'est tout ce qui compte. Je pars!!!
[A suivre...]

